Voilà plusieurs années que j’écris sur les conflits larvés qu’il y a entre une communauté d’utilisateurs de logiciel libre et des entreprises privées contributrices à leur développement. LibreOffice ne fait pas exception à la règle. Depuis 2010 et la scission avec OpenOffice, une Fondation avait été créé. Pour TDF, acronyme de The Document Foundation, il s’agissait d’encadrer LibreOffice et de ne pas reproduire les erreurs du passé. Avec le précédent projet OpenOffice où une entreprise comme Sun Microsystems imposait ses vues en matière de développement. Plus tard, avec le rachat par Oracle, cela ne fit qu’empirer la situation et provoqua le schisme. 15 ans plus tard, l’histoire bégaie à nouveau. Collabora, seule entreprise contributrice à LibO vient d’être écartée au sein de TDF.
Mickael Meeks qui est le PDG de Collabora, n’a jamais dévié de sa philosophie. Au temps où il était employé par Novell, il tirait déjà à boulet rouge sur la licence non permissive d’OpenOffice. Il crée alors le projet Go-OO qui deviendra 3 ans plus tard LibreOffice. Collabora devient alors l’entreprise contributrice en fournissant l’essentiel des développeurs. La nouvelle licence (le fameux copyleft) lui permet de « rentabiliser » le code produit car cela reste un difficile équilibre pour un logiciel gratuit à la base. Il y a d’abord une première tentative de Collabora en 2020 pour imposer une version Entreprise. Puis en 2023, éclate l’affaire des conflits d’intérêts entre certains membres et les entreprises soumissionnaires d’appels d’offres, TDF voit son comité de direction bouleversé avec l’éviction de Thorsten Behrens. En 2025, Collabora devient hégémonique en rachetant l’unique entreprise concurrente Allotropia.
Aujourd’hui, le divorce est consommé. Collabora a claqué la porte par un billet signé Meeks et TDF tente de recruter des développeurs directement pour continuer à soutenir l’apport de nouvelles fonctionnalités et bien sûr, la correction des bogues. Alors maintenant, quel avenir pour LibreOffice ? Trop tôt encore pour le dire mais je reste convaincu que TDF devrait fusionner ses efforts avec la Fondation Apache. Mais là encore, n’y a t-il pas d’autres égos en jeu ?
Meeks est toujours là pour mettre le boxon au final